Patientes lesbiennes ?


Quelques pistes pour vous permettre de mieux les connaître.

Dans vos consultations, vous pouvez être amené-e à prendre en charge des femmes qui ont des pratiques homosexuelles. Leurs préférences sexuelles et leur mode de vie peuvent bien entendu avoir une influence sur leur santé.

Visibilité/invisibilité


On estime qu’environ 5% des femmes ont des relations sexuelles avec d’autres femmes. Il y a donc forcément un certain nombre de lesbiennes parmi la clientèle de chaque cabinet médical.

Cette population est très diverse. Elle se compose de femmes de tous âges, origines et classes sociales, avec ou sans enfant, vivant en couple ou pas. On ne peut donc pas deviner à priori qui est lesbienne ou bisexuelle et qui ne l’est pas.

La plupart de ces femmes trouvent important que leur médecin connaisse leur orientation sexuelle, mais beaucoup ne se déclarent pas, de peur que cela n’affecte négativement la manière dont elles seront soignées ou parce que les médecins présument souvent que toutes leurs clientes sont hétérosexuelles, ce qui influence la manière de mener les consultations.

En utilisant des formulaires de présentation offrant la possibilité de déclarer son orientation sexuelle, un langage inclusif et en assurant que ces renseignements seront traités avec respect et confidentialité, vous pouvez créer un climat de confiance et favoriser le dialogue avec vos patientes lesbiennes et bisexuelles.

Les adolescentes


L’adolescence est une période d’extrême vulnérabilité, durant laquelle les jeunes femmes s’interrogent sur leur orientation sexuelle. C’est le moment où certaines prennent conscience de leur homosexualité, d’autres l’ont identifiée plus tôt et sont amenées à vouloir la vivre sexuellement. La honte et la culpabilité vécues par de nombreuses jeunes homosexuelles les conduisent à vivre cette période dans le secret et dans une grande solitude. Les jeunes de leur âge, y compris les ami-e-s proches sont rarement des interlocuteurs/trices possibles. Il est essentiel qu’elles puissent rencontrer des personnes qui les aident à vivre ce passage. Vous pouvez être une de ces personnes. Certaines jeunes filles homosexuelles ressentent un sentiment de culpabilité et d’anormalité qui peut conduire à des comportements à risques (rapports hétérosexuels non protégés, utilisation de produits psychotropes, tentatives de suicide,…).

53% des filles déclarant une attirance homosexuelle contre 43% pour les filles attirées uniquement par l’autre sexe déclarent boire au moins une fois par semaine. 26% contre 18% disent avoir consommé d’autres drogues (ecstasy, cocaïne, crack, héroïne, LSD, hallucinogènes et amphétamines) que le tabac et le cannabis. 54% des femmes attirées par le même sexe ont eu des pensées suicidaires (contre 30% pour les femmes attirées exclusivement par l’autre sexe) et 25% (contre 9%) ont fait des tentatives de suicide(1).

Il est fréquent que les débuts de la vie sexuelle des jeunes lesbiennes soient hétérosexuels (pour faire comme tout le monde ou pour se rassurer sur son orientation sexuelle). Il est donc nécessaire de l’évoquer et de les sensibiliser à l’utilisation de contraceptifs et à la prévention des IST.

L’immense majorité (53%-99%) des femmes homosexuelles ont eu au moins une fois un rapport sexuel avec un homme, souvent au début de leur vie sexuelle. Un certain nombre d’entre elles (21%-30%) continuent à en avoir par la suite(2,3).

Les jeunes femmes


C’est une période où la majorité d’entre elles a une sexualité active. C’est souvent une période riche en rencontres amicales, amoureuses et sexuelles mais aussi le moment où elles vivent des déceptions et des ruptures affectives qui peuvent avoir un impact sur leur santé physique ou mentale.
Les problèmes gynécologiques sont les mêmes que pour les autres femmes de leur âge: la contraception pour celles d’entre elles qui ont aussi des relations sexuelles avec des hommes et le désir d’enfant pour certaines.

En Suisse, comme vous le savez, la procréation médicalement assistée est réservée aux couples hétérosexuels souffrant de stérilité. Ce n’est pas le cas dans d’autres pays d’Europe où l’insémination avec donneur de femmes homosexuelles ou célibataires est autorisée. Pour celles qui souhaitent s’orienter vers d’autres méthodes (insémination artisanale avec le sperme d’un partenaire connu, rapport hétérosexuel occasionnel), il est important de les rendrent attentives aux risques de contamination par les IST.

Les cinquantenaire et plus


Un grand nombre de lesbiennes de cette tranche d’âge vit en couple. La solidité des réseaux amicaux joue un rôle important pour bien vivre cette période de la vie.

C’est le moment pour certaines femmes de vivre une homosexualité après un long vécu hétérosexuel. Si pour certaines ce passage se fait sans trop de difficultés, il peut aussi être difficile à vivre et amener des comportements à risques amplifiés par le rejet familial.

Des problèmes de libido peuvent s’observer comme chez tous les couples qui vivent ensemble depuis longtemps. En parler au sein de son couple n’est pas simple. Pouvoir en parler avec son médecin devrait être possible.

Il est à noter que beaucoup de lesbiennes n’ont pas d’enfants et peuvent présenter d’autres facteurs de risque pour le cancer du sein (consommation d’alcool et de tabac notamment).

Risques d'infections et safer sex


Les femmes ayant eu au moins un rapport homosexuel rapportent un nombre de partenaires plus élevé (en moyenne 3,7 partenaires femmes et 14,1 partenaires hommes) que celles n’ayant eut que des rapports hétérosexuels (4,1 partenaires hommes en moyenne) et 12% d’entre elles disent avoir contracté une IST dans les 5 dernières années (contre 3% chez les hétérosexuelles). La prévalence de l’infection à Chlamydia tracomatis est plus élevée parmi les femmes ayant eu des rapports homosexuels (3). Les infections par le HPV sont présentes chez 13% des femmes n’ayant jamais eu de relation sexuelle avec un homme(2). Les vaginites bactériennes sont également plus fréquentes chez les lesbiennes (31,4%) que chez les hétérosexuelles (16%). Les échanges de sécrétions vaginales lors de frottements mutuels du clitoris, le partage d’objets sexuels et le contact oro-génital pourraient être à l’origine de cette infection(4). Il est à noter que parmi les femmes ayant aussi des relations avec des hommes, nombreuses sont celles qui ont des rapports non protégés(3).

Ce n’est pas l'orientation sexuelle, mais les pratiques effectives qui permettent d’évaluer les risques.


Lors de pénétration vaginale, anale ou de partage de sex toys, l’utilisation de préservatifs masculins ou féminins permet d’éviter les contaminations par voie sexuelle. Pour le cunnilingus ou l’anulingus, on peut se protéger grâce à une digue dentaire, un préservatif découpé ou du film alimentaire (sauf celui pour le micro-onde qui est poreux).

Pour en savoir plus : Lignes directrices sur la santé des lesbiennes : déclaration de principe de la société des obstétriciens et gynécologues du Canada


Références:
(1) LHOMOND B, MICHAELS S, LEVINSON S et MAILLOUX M ; Jeunes et sexualité : rapport présenté à la Direction Générale de la Santé, Ministère des Affaires sociales et au Ministère de la Jeunesse et des Sports ; 2003
(2) MARRAZZO J. , KOUTSKY L., KIVIAT N, KUYPERS J. et STINE K., Papanicolaou test screening and prevalence of genital human papillomavirus among women who have sex with women; American Journal of Public Health, 2001, Vol. 91(6): 947-952 (www.lesbianstd.com )
(3) BAJOS N. et BOZON M. (Dir.), Enquête sur la sexualité en France : pratiques, genre et santé, La Découverte, Paris, 2008
(4) BAILEY J., FARQUHAR C. et OWEN C., Bacterial vaginosis in lesbians and bisexual women; Sexually Transmitted Diseases, 2004, Vol. 31 (11): 691-694

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jeu 15 jan 2009